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 Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused

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Gruic
Professeur de Slayers
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MessageSujet: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Jeu 29 Jan - 17:18


SLAYERS SPECIAL

ACCUSEE A TORT






Slayers Special: Wrongfully Accused, Written by Hajime Kanzaka, illustrated by Rui Araizumi
Translated by rebmastu@gmail.com (9-25-12), commissioned by Anonymous
Traduit de l’anglais au français par Merlock pour le site Slayers Evolution-R. (http://slayersevolutionr.free.fr/)
Relecture par Liclic




(Partie 1)


Êtes-vous Lina Inverse   ?

En cet après-midi ensoleillé, Naga et moi étions assises à la terrasse d’un café, en train de nous bâfrer de son assiette spéciale goûter. Nous étions lancées dans un féroce concours de goinfrerie, telles les charmantes demoiselles que nous étions, lorsque j’entendis la voix d’un homme m’interpeller. Il n’avait pas l’air riche mais il était vêtu proprement et élégamment, ce qui m’indiquait, malgré tout, qu’il avait une certaine classe.

“Mm-hmm” marmonnais-je en réponse, un demi-morceau de gâteau en bouche. Comprenez-moi bien, en temps normal j’aurais essayé de faire signe que non, de changer de sujet ou bien de lui expliquer qu’il y avait erreur sur la personne pour éviter des complications, mais c’était un concours que je ne pouvais pas me permettre de perdre, littéralement, puisque l’addition devrait aller à la perdante. Chaque seconde gaspillée à discuter avec ce type était une seconde où j’aurais pu engouffrer un autre morceau et je n’allais pas perdre du temps ou de l’argent pour présenter des excuses. Hé   ! C’était une sacrée addition   !

L’homme farfouilla dans la poche intérieure de sa veste tandis que nous poursuivions notre frénésie alimentaire et, un instant après, produisit un objet. Il voulait clairement me le faire voir, mais franchement il n’avait rien qui puisse m’intéresser à ce moment-là. Du moins, jusqu’à ce qu’il se présente.

«   Inspecteur Wizer Freion du Bureau d’investigations spéciales de Ruvinagald   », annonça-t-il.



Ma mâchoire se figea et je m’étouffais avec ce qui me restait dans la bouche. Là, il avait droit à toute mon attention. Du coin de l’œil, j’aperçus dans sa main tendue un pendentif où était gravé ce qui semblait être, à toutes fins utiles, des armoiries royales.

Le royaume de Ruvinagald… avec un tel nom on pourrait penser qu’il s’agit d’un grand et glorieux pays mais, en vérité, il n’y avait que le nom qui remplissait le cahier des charges. En réalité, c’est juste un pays connu uniquement pour son appartenance à l’Alliance des États côtiers, malgré une population tout juste comparable à celle d’une grande ville et le fait qu’il n’était même pas situé à proximité d’une étendue d’eau conséquente. C’est un morceau de terre généralement oubliable, dont le seul point d’intérêt est la production de cèdres de ruvina, une essence utilisée essentiellement dans la construction navale (ce à quoi elle se prêtait fort bien, il faut l’admettre)   ; en dehors de ça, la plupart des gens l’évoquaient tout au plus en passant comme «   un de ces pays de l’Alliance   ». Bon sang   ! Pour commencer, la seule raison pour laquelle Naga et moi étions là est que nous avions discuté de l’endroit au cours d’une conversation et que nous avions imaginé qu’il serait marrant d’aller le voir, juste pour dire que nous l’avions fait.

Cependant, la question était de savoir ce qu’un Inspecteur royal pouvait bien vouloir à la seule et unique Lina Inverse   ? Là je séchais, mais en tout état de cause il ne semblait pas souhaiter me demander un autographe.

«   La guilde des sorciers a été assez aimable de m’informer de votre présence ici.   », continua-t-il sur un ton cassant et formel alors qu’il rangeait délicatement le pendentif dans sa poche, «   Lina Inverse, dit-il, j’enquête sur vous et je vous soupçonne d’être impliquée dans une série d’enlèvements.   »

L’espace d’un instant je cessais de respirer.

«   Vous faites QUOI   ?   », hurlai-je incrédule avant de me contrôler à nouveau, «   attendez une minute   ! Je n’ai jamais entendu parler de ces enlèvements   !   »

Wizer s’esclaffa «   Ne jouez pas les innocentes avec moi, Lina Inverse. Pour moi il est clair que vous êtes la coupable des disparitions d’enfants qui se sont produites dans tout Ruvinagald, et plus tôt vous avouerez mieux ce sera.   »

«   Plutôt crever   !   », crachai-je, «   nous ne sommes arrivées ici que depuis deux ou trois jours   ! Dis-le lui, Naga   !   » Je pivotai pour faire face à ma compagne de voyage et… disons simplement qu’elle ne me fut pas d’un grand secours…

La fourchette de Naga n’avait jamais ralenti dans son rythme, alors que celle-ci dévorait sans répit le contenu des assiettes de gâteaux devant elle, tout en gardant pendant tout ce temps un petit sourire narquois. «   Oh   ! Avoue donc, Lina   », susurra-t-elle, «   cela pourrait même le convaincre d’alléger ta sentence   ».

«   Bon Sang   !   », grognai-je, «   tu sais bien que je n’ai pas…   »

«   Voilà qui règle la question   !   », déclara triomphalement Wizer qui m’interrompit avant que je ne puisse contrer Naga. Il pointa un doigt vers mon visage et commença à proclamer, assez haut et assez fort pour que tout le monde dans le restaurant puisse entendre, «   ma déduction était correcte, vous êtes bel et bien la coupable   !   »

«   Je vous ai dit que je n’ai rien fait   !   », insistais-je, puis je plissais les paupières, «   sur quoi basez-vous  toute cette histoire, à la fin   ?   »

Wizer bomba fièrement le torse «   mes tripes   !   »

«   Vos tripes?   » Je bondi sur mes pieds, envoyant valser ma chaise dans le même mouvement, «   vous voulez dire que vous m’accusez d’un crime simplement parce que vos tripes vous amènent à me soupçonner   ? Où allez-vous trouvez un système judiciaire qui accepte ce genre de raisonnement   ? Est-ce que quiconque, même vaguement suspect à vos yeux, est automatiquement un criminel   ?   »

«   Précisément   !   »

«   Ça ne peut pas être vrai   !   », gémis-je, me prenant la tête entre les mains. J’étais sonnée, abasourdie. Même dans mes pires cauchemars je n’aurais jamais cru que des gens qui se fiaient exclusivement à leur instinct eussent pu réellement exister   ; et pourtant, juste devant moi, se tenait la preuve irréfutable que c’était bien le cas.

Ceci dit, je suis sûre que ça devait sembler génial pour n’importe lequel des témoins qui nous entouraient, mais s’il vous venait un jour à l’esprit l’idée franchement délirante de conférer de tels pouvoirs à ce genre de type dans n’importe quel système judiciaire, faites-nous le plaisir de l’oublier, parce que ledit type constituerait un danger majeur à la fois pour lui-même, pour le système et pour n’importe qui dans les environs immédiats. En guise de cas d’école, observez le schnock assis juste en face de moi. Mais revenons à notre histoire.

«   Écoutez   », le coupai-je, «   si vous devez arrêter tous les individus louches que vous croisez dans les rues, vos copains inspecteurs vont se retrouver surclassés à deux contre un   ! Avez-vous seulement une preuve à avancer que j’ai commis ces crimes   ?   »

Wizer s’esclaffa, «   si c’était le cas, je vous aurais arrêtée depuis longtemps. Cependant, plusieurs affaires suggèrent clairement que vous seule pouvez être derrière   !   »

«   Vraiment.   », reniflai-je incrédule, «   dans ce cas, d’accord, je vous écoute au sujet de ces affaires.   »

«   Vous avez sûrement conscience du fait qu’il est maintenant trop tard pour feindre l’ignorance, argua-t-il, mais je serais très heureux de rappeler à votre mémoire les innombrables crimes détestables que vous avez commis.   » Je n’étais pas sûre de ce qu’il entendait par le terme de trop tard, mais, bon sang, ce Wizer avait l’air bien satisfait de lui-même. Sous mes yeux, il sortit de sa poche un petit calepin qu’il commença à lire.

«   Il y a environ un mois dans le village de Medelt, un petit garçon nommé Tom, âgé de cinq ans au moment des faits, a disparu et on a retrouvé dans un champ de blé voisin les empreintes colossales de ce qui semblait être un Lesser Demon.   »

«   Oui et alors   ?   »

«   Clairement, cela n’a pu être commis que par Lina Inverse.   »

Les mots me manquaient. Comment étais-je censée me défendre face à une telle affirmation   ? Je veux dire que j’ai déjà vu des gens sauter directement aux conclusions, mais là c’était juste ridicule. Finalement, je fis la réponse la plus intelligente que je pouvais trouver sur le moment.

«   Hein   ?   »

«   Plusieurs jours après   », continua Wizer, «   la petite Jessy, trois ans, a disparu dans la ville de Farlit où un peu plus tard un témoin a déclaré avoir vu la tête d’une bête énorme émerger des profondeurs du lac proche   ! Encore une fois cela n’a pu être accompli que par Lina Inverse   !   »

«   Vous plaisantez, là, n’est-ce pas   ?   »

«   Au même moment, un soir dans le village de Rumafik, Bob ramène à la maison, dans son chariot, son fils Rick, tout juste âgé de cinq ans au moment des faits, quand soudain une lumière orange est apparue dans le ciel nocturne, et…   »

«   Attendez monsieur   », dis-je, en me rapprochant très près de Wizer, «   vous voulez dire par là que chaque événement étrange se produisant dans le monde serait de ma faute   ?   »

«   Naturellement   !   », répondit Wizer sans hésiter, «   vous n’allez pas prétendre que vous n’êtes pas au courant de votre réputation   ?   »

J’eus un mouvement de recul et grognai. Hé bien… oui, bien sûr, les gens racontent des choses à mon sujet. Certains m’appellent la Tueuse de brigands, d’autres disent qu’un dragon se jetterait de côté pour ne pas être sur mon chemin et ils disent bien d’autres choses dont je ne veux pas parler ici. Le fait est que j’ai ce qu’on appelle une réputation et entre les sobriquets dont on m’a affublée, qui pour la plupart peuvent être fondés ou non sur des faits réels, les exagérations et toutes les autres rumeurs totalement fausses, il ne m’était pas très difficile de voir où il voulait en venir…

«   À savoir, votre prétendue capacité à projeter une étrange lumière de votre bouche, capable d’anéantir un groupe de bandits en quelques secondes, sans oublier que vous pouvez projeter des tentacules depuis votre front avec lesquels vous capturez et dévorez les mouches   !   »



«   Assez   !   » hurlai-je.

«   Maintenant je vous le demande   », continua Wizer, «   Lina Inverse, à laquelle sont attribuées tant de prouesses étranges et contre-nature, peut-elle être réellement considérée comme humaine   ? La réponse est nan   ! Nan, elle ne peut pas l’être   ! Dès lors, je n’ai aucune raison de ne pas croire que chaque incident étrange et contre-nature se produisant dans ce monde n’est pas en réalité le produit des œuvres malfaisantes de Lina Inverse en personne   ! Voilà ce que mon intuition d’enquêteur spécial m’a soufflé et que je tiens pour vrai.   »

«   Vous essayez de me mettre ça sur le dos, bordel   !   », je hurlais de frustration et, sans y penser, j’expédiai un énorme coup de pied qui envoya Wizer s’écraser sur la table d’en face. Pourtant, l’inspecteur ne fut pas découragé. Un sourire déconcertant se dessina sur son visage et il se redressa lentement au milieu des débris de vaisselle avec un petit gloussement.

«   Bien, maintenant que vous avez échoué à me convaincre verbalement de votre innocence, vous avez recours à la violence physique. Votre culpabilité est clairement évidente   !   »

«   Une fille ne peut encaisser que de façon limitée avant le franchissement de la ligne jaune, mon pote   !   », hurlai-je, «   n’importe qui d’autre aurait fait la même chose   !   »

«   Permettez-moi de ne pas être de votre avis   ! Tel que je vois les choses vous avez riposté inconsciemment parce que vos crimes ont été exposés devant tous et vous ne pouviez supporter le poids de la culpabilité. Vos excuses ne font pas le poids face à un inspecteur   !   »

«   Vous n’êtes pas un inspecteur   ! Estimeriez-vous, par hasard, qu’un titre ronflant vous confère l’autorité nécessaire pour déclarer que tout ce vous dites est vrai   ?   ! Parce que si c’est le cas je vous conseille de vous débarrasser de ce qui vous tient lieu de cerveau est de revenir me voir lorsque vous aurez trouvé de quoi remplir le néant qui se trouve entre vos deux oreilles   !   »

Wizer rit   : «   De biens grands mots pour une criminelle   »

«   Je ne suis pas une criminelle   !   », ripostai-je, «   et au moins je ne suis pas à moitié aussi mauvaise qu’un type qui essaie de flanquer un crime sur le dos d’une pauvre fille innocente, sans rien de plus sérieux pour l’étayer que ce que prétendent lui dicter ses tripes   !   » Wizer et moi nous tenions face-à-face et, pendant un bref instant, la tension était telle que l’on pouvait sentir nos yeux se lancer des éclairs.

Mais soudain…

«   Oooh-ho-ho-ho   ! On dirait bien que j’ai gagné cette partie, Lina Inverse   !   » Et là, qui, entre tous, vint bondir sur ses pieds sans la moindre considération pour la situation en cours ou pour les témoins abasourdis qui l’entouraient, avec son rire absolument ridicule et typique, sinon la seule et unique Naga le Serpent   !?

«   Naga   !   », je me tournais vers elle avec stupéfaction. «   J’avais oublié que tu étais là.   »

«   Tu… avais oublié   ?   », répondit Naga d’un air consterné, «   oh Lina, je te trouve bien distante ces derniers temps…   »

Je soupirais «   Je suis juste un tout petit peu occupée, là, Naga. Que se passe-t-il   ?   »

Elle émit un petit rire   : «   Tu ne t’en tireras pas comme ça, Lina. Tu te souviens de notre accord, alors c’est à toi de payer.   »

Ho, par pitié   ! Avec l’arrivée de Wizer et avec le fait d’avoir à me défendre contre les accusations délirantes qu’il m’assénait les unes après les autres, j’avais complètement oublié le concours que j’avais commencé avec Naga pour déterminer qui devrait payer l’addition. Un coup d’œil de son côté de la table me fit clairement voir ce qui avait été dix assiettes spéciales goûter, maintenant parfaitement nettoyées. J’avais perdu   ! Moi, plus que quiconque, j’avais perdu un concours de goinfrerie   ! Et si une telle insulte ne suffisait pas je devais, par-dessus le marché, payer l’addition. Je gémi intérieurement. La honte me poursuivrait sur plusieurs générations.

«   Par ici, je suis accusée de divers crimes   !   » rétorquai-je, «   je pense que c’est un juste un tout petit peu plus important   !   »

«   Hooo, ho, ho, ho! Si tu t’imagines qu’une bagatelle aussi insignifiante que cela suffira à faire oublier que c’est toi qui payes, hé bien tu commets une grave erreur   !   »

Merde   ! Elle m’avait percé à jour… mais plutôt que de laisser voir ma déception, je levais les yeux au ciel et me tournais de nouveau vers Wizer. «   Écoutez   !   », lui dis-je, «   si vous n’avez rien pour étayer ces accusations et si vous n’avez pas la moindre preuve, alors vous n’avez pas le droit de me parler ainsi   !   »

«   Lina, l’addition!   »

«   Je veux dire, pour commencer, pourquoi irais-je enlever des enfants   ?   »

«   Enlever des enfants figure dans le manuel de base de n’importe quel criminel   !   »

«   Sur quelle planète   ?   »

«   Ne fait pas semblant de m’ignorer, Lina   »

«   Je ne sais pas quel est votre problème, mais au moins tâchez de trouver des preuves et d’établir des mobiles avant de traiter de criminels tous les gens des alentours.   »

«   Quelle idée absurde   ! Ne voyez-vous pas que la raison pour laquelle je suis ici est que je n’ai ni preuve de votre culpabilité ni mobiles   ?   !   »

«   Et vous en êtes fier   ?   !   »

«   Paie l’addition   !   »


HIIIIIIIIIIIIIIIIIIII   !!

Le hurlement strident d’une femme fendit l’air et le face-à-face entre moi, Wizer et Naga fut brutalement interrompu.

«   Qu’est-ce que c’était que ça   ?   » cria Wizer.

«   Ça vient de l’extérieur   », dis-je, «   allons voir   !   »

«   Lina, l’addition!   », entendis-je Naga appeler, alors que Wizer et moi nous précipitions hors du restaurant. Mais avant qu’elle n’ait pu nous suivre, je vis le personnel se précipiter vers elle pour l’arrêter et encaisser le paiement. Ouais   ! Cela voulait dire que Naga héritait de l’addition, finalement   !

Ce qui signifiait que tout ce dont j’avais à me préoccuper, maintenant, était de dissiper les soupçons de Wizer au sujet de mes activités criminelles supposées. Tout bien pesé, peut-être aurait-il été plus simple de payer plutôt l’addition…

«   Inspecteur Wizer Freion du Bureau royal d’investigations spéciales   », aboya-t-il, «   que se passe-t-il   ?   » Peut-être que ce titre pompeux avait son utilité, après tout, car les gens autour de nous se bousculèrent pratiquement pour nous expliquer la situation…

«   Je ne sais pas ce que c’était, Monsieur… mais ça s’est envolé en emportant un enfant   !   »

«   Dans quelle direction est-ce parti ?   », demanda Wizer.

«   Vers les bords du lac   », hurla un autre témoin et Wizer et moi fonçâmes aussi vite que nous le pûmes.

Au contraire de l’essentiel du pays, cette ville se trouvait effectivement au bord d’une étendue d’eau, plus précisément un lac. De là où nous étions, Wizer et moi, je pouvais voir au loin de la brume se lever sur la surface bleue scintillante.

«   Lina   ! Attend   !   », gémit faiblement une voix derrière moi, «   j’ai payé l’addition, mais ne t’avises pas d’oublier de me rembourser   !   » Oh super   ! Naga. Précisément la personne à laquelle je ne VOULAIS PAS avoir à faire en ce moment   ! Ne comprendrait-elle donc jamais   ?

«   Ce n’est pas le moment, Naga   ! Quelqu’un a été enlevé   !   »

Elle s’esclaffa. «   Et je suppose que dans la confusion tu espères que j’oublierai cette histoire d’addition   !   » Je trébuchais. Dieux, elle peut se montrer futée quand on en arrive à parler d’argent…   !

«   On en reparlera plus tard   ! Cet enfant est plus…   »

«   Là-bas   !   », me coupa Wizer au milieu de ma phrase. Je braquais à nouveau le regard vers l’avant et, après avoir scruté l’horizon, je parvins à distinguer la silhouette d’une créature se mouvant rapidement dans le ciel bleu.

«   Un lesser demon   ?!   », criai-je avant de m’arrêter. Volant dans un ciel bien trop bleu et se déplaçant rapidement vers l’étendue d’eau, était en effet un lesser demon. Et il tenait dans ses bras un enfant guère plus âgé que de trois ou quatre ans.

J’avais entendu dire que les lesser demon, une branche inférieure des mazoku, étaient capables de se faire pousser des ailes et de voler si la situation l’exigeait, mais c’était la première que je le voyais de mes propres yeux. Je secouais rapidement la tête. Ce n’était pas le moment de se consacrer à une observation froide et détachée. Je me tournai vers Wizer qui soutenait facilement la cadence à mes côtés alors que nous poursuivions le démon.

«   Vous voyez   ?   », lui jetai-je, «   votre coupable et juste devant nous, ce n’est pas moi   !   »

«   Et vous pourriez tout aussi bien le contrôler vous-même, et facilement   », rétorqua Wizer, «   pour ce que j’en sais, vous pouvez avoir utilisé un de vos trucs pour déclencher cet incident tandis que vous étiez interrogée par un inspecteur, afin de détourner l’attention de vous. Précisément le genre de chose qu’un criminel ordinaire s’abaisserait à faire   !   »

Je trébuchais encore une fois. D-de tous les imbéciles aux idées idiotes…   ! Il était acharné et déterminé à tout me flanquer sur le dos   !

«   Lina   ! Arrête de changer de sujet   »

«   Pas maintenant Naga   !   », rétorquai-je. À peine avais-je prononcé ces paroles (avec, dans ma tête, une répétition en chœur sur le même thème) que nous atteignîmes le bord du lac. Je me mordis la lèvre. À ce rythme-là, le démon allait filer avec le gamin et il n’y aurait pas le moindre fichu moyen de l’en empêcher. J’avais bien dans mon arsenal un sort qui permettait de voler à grande vitesse, mais l’inconvénient était que même si je parvenais à rattraper le démon, je serai dès lors incapable d’utiliser un autre sort utile pendant que le premier sort serait actif. Pire, s’il remarquait que j’étais à sa poursuite, il pourrait m’attaquer en plein vol et je n’aurai pas la moindre chance de bloquer ses assauts ou de contre-attaquer.

Je pouvais attaquer le démon depuis le rivage, mais si ma visée était mauvaise, même légèrement, je risquais ce faisant de toucher le gamin. Et même si je touchais uniquement le démon, hé bien le gamin tomberait probablement dans le lac. Ce qui voulait dire…

«   Linaaaa   », gémit Naga, «   l’addition   !   »

«   Bordel, Naga   !   », hurlai-je, «   LAISSE TOMBER   !!   »

«   Ah   ? Bien   !   » Je suppose qu’il fallait que je perde mon sang-froid face à Naga pour qu’elle finisse par comprendre. Elle fit passer négligemment ses longs cheveux noirs par-dessus son épaule. «   Nous nous occupons d’abord du problème en cours est ENSUITE nous reparlerons de cette addition   !   » à peine avait-elle prononcée ces paroles, que je l’entendis commencer l’incantation d’un sort. Et pas de n’importe quel sort….

Hé là un instant   ! C’était un sort d’attaque   ? Voulait-elle faire exploser le lesser demon en plein ciel   ? J’ai tout d’abord envisagé de lui envoyer un gentil petit coup de pied au plexus solaire pour interrompre le sort, mais une autre idée me vint rapidement à l’esprit et je commençai l’incantation de mon propre sort. Naga termina le sien la première.

«   Gaav Flare   !   » un sort d’attaque extrêmement approprié pour causer une blessure mortelle a pratiquement n’importe quel mazoku. Naga leva la main et une explosion de lumière rouge jailli de sa paume, se dirigeant vers le ciel, tout droit sur le démon. Presque au même moment J’activai le sort que j’avais terminé d’incanter.

«   Ray Wing   » je m’élançai dans les airs et volais parallèlement au trait de lumière rouge du sort de Naga. Mon plan était d’attendre que le sort touche le lesser demon et, ensuite, de rattraper le gamin en plein vol. Le seul problème était que tant que mon sort était actif il projetait une barrière de vent autour de son lanceur, ce qui signifiait que si le gamin était trop près je ne pourrai pas le sauver, car la couche d’air mouvante qui m’entourait risquait de l’expédier au loin. Dans ce cas, il n’y avait qu’une chose à faire…

Alors que le Gaav Flare de Naga frappait le démon dans le dos et le vaporisait littéralement, je changeai de trajectoire pour voler sous le gamin en chute libre, et de là…

J’interrompis le sort. J’étendis les bras vers l’enfant qui tombait en spirale et je l’attrapai alors que nous plongions tous les deux en direction du lac. Le vent hurlait à mes oreilles et la surface du lac apparaissait de plus en plus nettement visible en dessous de nous. Et juste avant que tous les deux ne plongions dans ses profondeurs glacées, j’achevai l’incantation du sort que j’avais commencé au moment où j’avais annulé mon Ray Wing.

«   Levitation!   », criai-je et notre vitesse de chute décrut rapidement pour se terminer en un lent mouvement descendant. Tenant toujours l’enfant dans mes bras, je lévitais calmement de plus en plus bas, contrôlant ma trajectoire pour atteindre la surface du lac en donnant l’impression de me tenir debout sur la surface de l’eau.

*******

«   Vous l’avez sauvé   !   »

«   C’était magnifique, ma Dame   !   »

Quand je revins sur le rivage je fus accueillie par une foule enthousiaste. Tandis que, non loin de là, une foule d’un genre différent donnait également son avis…

«   À quoi pensiez-vous   ?   ! C’était dangereux   !   »

«   Et si vous aviez touché mon petit enfant   ?   »

«   Héééé   ?!   »

Naga était cernée par un couple, qui semblait être les parents de l’enfant, flanqués d’un groupe de badauds à l’air peu amical. Je décidais de rester un moment de mon côté pour recueillir les louanges du public.

«   Ce fut un joli spectacle, Lina Inverse.   »

Peu après que la foule se fut dispersée, je fus rejointe par Wizer qui arborait un sourire sardonique. Je l’observais un long moment avant de finalement ouvrir la bouche.

«   Quelque chose me dit que rien de tout cela ne vous a fait changer d’avis.   »

Il ricana. «   Bien sûr que non. Mais je peux deviner vos intentions   : créer un incident mineur, le résoudre d’une manière telle que moi, l’inspecteur, en soit témoin afin de gagner ma confiance et vous exonérer de toute suspicion. Encore un coup classique, mais on ne peut pas tromper le regard d’un inspecteur.   »

«   Alors faites-vous faire un diagnostic de la cataracte   !   », rétorquai-je, «   Et à ce sujet…   », je désignais du doigt l’étendue d’eau, «   si une personne NORMALE voyait un lesser demon s’envoler dans cette direction avec un enfant en remorque, D’ORDINAIRE, elle penserait, incroyable   !, que peut-être que cela voudrait dire qu’il se passe quelque chose par là-bas…

«   Un mode de pensée ordinaire, ne convient pas à un inspecteur   !   »

«   Si votre façon de penser n’est pas normale, cela ne veut pas dire qu’elle est bonne   !   » Ripostai-je. «   Hé   ! Regardez l’eau   ! Est-ce qu’il vous est arrivé de vous demander POURQUOI il y a tout ce brouillard au milieu du lac, alors qu’il n’y a pas un nuage dans le ciel et que nous sommes en milieu de journée   ? Demandai-je. «   Ne pensez-vous pas que c’est juste un tout petit peu étrange   ? Pourquoi enquêtez-vous sur moi, mais pas à ce sujet   ?   »

«   Vous essayez de vous défiler encore une fois, n’est-ce pas   ?   », ricana Wizer, «   je suppose que vous êtes partie du principe que vous vous feriez prendre à un moment ou à un autre, alors vous avez provoqué des incidents dans les villes et villages autour du lac afin de faire ouvrir une enquête sans objet   !   »

Hé là, une minute   !

«   Hé…   »

«   Qu’est-ce qu’il y a   ?   »

«   Ces incidents   », commençai-je doucement, «   êtes-vous en train de me dire qu’ils n’ont eu lieu que dans les villes et villages situés autour du lac   ?   »

«   Bien sûr que oui   », fit Wizer, «   et alors   ?   »

J’étouffais un grognement. Je n’aime pas du tout où cela nous mène, pensais-je. «   Mais vous avez bien enquêté au sujet du lac… n’est-ce pas   ?   »

«   Bien sûr que non   », se moqua-t-il, «   je ne gaspillerai jamais mon temps en une recherche aussi stérile.   »

À peine Wizer avaient-il prononcé ses mots, que je poussai un profond soupir qui semblait provenir du plus profond de mon être. L’endroit hurlait pratiquement qu’il était suspect… et il n’en tenait aucun compte…   ?

«   Comment pouvez-vous être aussi incompétent   ?   » grognai-je.

«   Comment osez-vous   ?   », hurla-t-il, «   laissez-moi vous dire que même en comparaison des plus respectés des inspecteurs, toutes les femmes du pays sont d’accord pour dire que je suis le plus intelligent et le plus apte de tous.   »



S’il était le plus intelligent du lot… je frémis en imaginant ce que devait être le reste. Mais c’était sans importance. Une chose était claire pour moi   : jusqu’à ce que Wizer trouve ses preuves imaginaires pour peu importe les crimes que je n’avais pas commis, je n’étais pas prête de m’en débarrasser. Je haïssais l’idée même de rester en sa présence une minute de plus que nécessaire, mais il n’y avait littéralement rien d’autre à faire.

«   Très bien   », soupirai-je enfin en me tournant vers Wizer.

«   Finalement décidée à avouer vos crimes   ?   »

«   Je n’avoue pas de crime que je n’ai pas commis   » ripostai-je. «   Mais si je vous prouve que je ne suis pas coupable, dans ce cas précis, alors me laisserez-vous enfin tranquille   ?   »

Wizer ricana. «   Et comment comptez-vous trouver des preuves qui n’existent pas   ?   »

«   Regardez-moi,   », répondis-je, «   tout ce que j’ai à faire est de découvrir qui enlève réellement tous ces enfants.   »

«   Oh oui,   », s’esclaffa-t-il, «   je suis certain que vous aimeriez faire votre grande évasion en vous précipitant vers dieu sait quel endroit sur la foi de dieu sait quelle fausse piste destinée à retrouver ce prétendu véritable coupable et disparaître comme ça, n’est-ce pas   ? Oh non, vous ne me tromperez pas si aisément.   »

«   Oh, pour l’amour de...   ! Si vous ne me faites pas confiance, alors n’hésitez pas à m’accompagner pour la balade   !   », hurlai-je, «   si ce sont des preuves que vous voulez, je les trouverai. Hé   ! J’y ajouterai même des aveux signés, tant que j’y suis. Quoi qu’il en soit, si je trouve le type qui est réellement responsable de tout cela, dans ce cas serez-vous satisfait   ?   »

«   De quoi   ? De votre prétendu coupable   ?   », ricana-t-il sèchement, «   très bien, comme vous voudrez, je jouerai le jeu de votre petite farce. À défaut d’autre chose, je suis certain que vous vous trahirez à un moment ou à un autre.   »

Je levais les yeux au ciel «   Tu t’étoufferas avec ces paroles à la fin de cette histoire, mon pote.   »

«   Linaaa,   », gémit une voix dans mon oreille, «   l’addition…   » Mais j’envoyais valser Naga (non mais franchement, combien de temps encore allait-elle s’accrocher à quelque chose d’aussi insignifiant   ?), tandis que Wizer et moi continuions à échanger des regards venimeux.


*******

En ce qui concernait l’enquête proprement dite… honnêtement, tout me semblait assez clair une fois que l’on avait porté à mon attention l’existence de ce lac si ostensiblement suspect. Je savais que tant que je me limitais à poser des questions à ce sujet précis, nous obtiendrions les réponses que nous cherchions. Cela ne voulait pas dire que nous irions poser des questions dans chaque ville et village se trouvant dans les environs, bien sûr. Ce serait une perte de temps et je voulais en finir avec tout cela aussi vite que possible. Au lieu de cela, j’avais proposé de rétrécir notre champ d’investigation aux habitations où aucun enlèvement n’avait encore eu lieu, tout en étant situées près du lac. Et il n’y avait qu’un seul endroit qui faisait l’affaire.

De façon appropriée, le lac était toujours recouvert de brouillard le jour où nous arrivâmes dans la ville.

Je gardai ma série de questions aussi simples que possible et m’en tins aux faits   : tout d’abord, je devais savoir s’il y avait quelque endroit digne d’intérêt sur le lac, dissimulé dans le brouillard, et, secondairement, si à intervalles réguliers on avait aperçu des bateaux allant ou venant de cet endroit. Les réponses que j’obtins furent… pour le moins intéressantes.

D’après des habitants de la ville, il y avait effectivement une petite île au milieu du lac et cela faisait plusieurs mois que le brouillard était devenu trop épais pour que les pêcheurs puissent s’aventurer loin du rivage. En ce qui concernait les bateaux, hé bien, personne n’avait fait assez attention pour remarquer quoi que ce soit.

D’un autre côté, les pêcheurs qui vivaient au bord du lac ne pouvaient rien me dire, absolument rien.

«   Quelque chose ne va pas du tout, ici   », dis-je pensivement, alors que j’étais plongée dans mes réflexions, entourée de Naga et Wizer, attablés tous les trois dans le restaurant du rez-de-chaussée de l’auberge où nous résidions à quelque distance du lac, «   ils me le hurlaient pratiquement   ».

Wizer rit et ajouta sarcastiquement «   Oh, j’en suis sûr, faites confiance à une opportuniste pour triturer les témoignages à ses propres fins.   »

«   Comme si vous étiez vous-même en position de juger des gens qui tritureraient les faits…   » Grommelai-je.

Naga s’éclaircit la gorge. «   Lina, si nous reparlions de cette addition   ? Dois-je te rappeler que tu dois encore me rembourser…   ?   »

Excusez-moi, mais ai-je utilisé le mot réflexion   ? Parce que cela aurait sous-entendu qu’il y ait eu une certaine activité cérébrale autour de la table et qui, pourtant, avait l’air tristement absente de ma présente compagnie.

«   S’il y a un doute   », dis-je, faisant d’un regard taire Naga au sujet de cette foutue addition, «   ça ne fait jamais de mal de revenir au bon vieux travail sur le terrain   ! Demain nous louerons un bateau et nous irons jeter un coup d’œil par nous-mêmes sur cette île au milieu du lac.   »

«   Une perte de temps   », s’esclaffa Wizer, «   mais je suppose que ça ne fera pas de mal que nous vous accompagnions. Après tout, je suis un homme de parole.   »

«   Lina, franchement   », persista Naga, «   l’addition…   ?   »

Je frappais violemment la table de mes deux mains et je hurlais. «   Pour l’amour de tout ce qui est bon et sacré, Naga, tu ne peux pas arrêter un peu   ? J’ai compris, d’accord   ? Écoute, quand nous aurons découvert qui est derrière tout ça, je te donnerai un peu de ma part du butin, d’accord   ? Ça ira comme ça   ?   »

«   Tu ferais ça, Lina   ?   », s’exclama Naga, «   Tu n’en dissimuleras pas pour toi, alors que je regarde ailleurs, n’est-ce pas   ?   »

«   Sûr que non   !   »

Pendant ce temps, Wizer nous observait avec, sur le visage, une évidente expression de consternation. «   Mesdemoiselles   », soupira-t-il, «   veuillez s’il vous plaît éviter de discuter de vos infâmes projets de pillage devant un inspecteur, d’accord   ?   »

Oups   ! Il était temps de changer de sujet.

Je m’éclaircis la gorge «   bien, nous mettrons les voiles tôt demain matin, alors allons nous pieuter pour prendre un peu de repos.   »


*******


J’avais comme l’impression que quelqu’un ne laisserait pas les choses se passer comme je l’avais prévu. Il s’avéra que j’avais raison.

KA-BOUUUM!

Au milieu de la nuit, une des chambres du deuxième étage de l’auberge où nous résidions explosa dans une énorme boule de feu. Ma chambre. Deux sombres silhouettes émergèrent d’une ténébreuse ruelle voisine, le regard avidement tourné vers les débris fumants de ce qui avait été une pièce d’habitation.

La première silhouette ricana sombrement. «   Un coup facile   », dit-elle.

«   Je ne sais pas qui tu étais, ni d’où tu sortais   », dit la seconde, «   mais si tu fourres ton nez là où il ne faut pas, voilà ce qui arrive.   »

«   Hé bien, les gars. Désolée, mais je pensais vraiment que vous feriez mieux que ça   !   »

Les deux hommes sursautèrent, leurs têtes se tournèrent à l’unisson en direction de la voix surgit au-dessus d’eux, pour apercevoir une silhouette solitaire flottant dans le ciel nocturne juste devant le croissant de la lune, la silhouette de la seule et unique Lina Inverse.

«   Maintenant, arrêtez-moi si je me trompe   », dis-je, «   mais par expérience, je sais que rien ne réduit plus efficacement quelques pêcheurs au silence que les menaces émanant d’une grosse organisation. Si je ne faisais pas mystère du fait que je cherchais des informations, je me doutais bien que je n’aurais pas de problème pour vous faire sortir de votre trou   ». Je m’interrompis pour l’intensité dramatique et souris d’un air satisfait «   apparemment j’avais raison   ».

«   Mais vous étiez censée être à l’intérieur   !   », cria un des deux hommes, encore sous le choc, «   comment saviez-vous que nous allions…   ?   »

«   Facile. Tandis que j’étais attablée avec mes compagnons, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que deux personnages à la mine suspecte nous écoutaient depuis la table voisine. Je me doutais bien qu’ils nous préparaient un mauvais coup pour cette nuit, alors j’ai fait semblant de retourner à ma chambre, tandis que je la surveillais à bonne distance.   », je grimaçais, «   mais pour être honnête, je ne m’attendais pas à ce que vous fassiez tout exploser avec une Fireball.   »

Les deux hommes jurèrent in petto et, rapidement, commencèrent à marmonner des incantations. Au même moment, je mis fin à mon sort de lévitation pour atterrir sur un toit proche et commençai à incanter mon propre sort d’attaque. Mais ils furent plus rapides.

«   Freeze Arrow!   »

«   Damu Brass!   »

Deux sorts d’attaque jaillirent simultanément du couvert des ténèbres, mais je pouvais les esquiver facilement grâce à ma position sur le toit. Bien sûr, cela ne signifiait pas que j’avais l’avantage. De là où j’étais je ne parvenais pas à distinguer clairement les deux hommes et même si je parvenais à les attirer assez près pour distinguer leurs visages, dans cet intervalle je ne ferai rien d’autre que leur donner largement l’opportunité de me flinguer avec leurs sorts.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que je connaissais un sort taillé sur mesure pour ce genre de situation   : le Van Rail. Ce sort permettait de projeter un enchevêtrement de glace depuis la paume de la main de son lanceur, pour le faire progresser le long du sol et des murs, congelant tout ce avec quoi il entrait en contact. Si j’utilisais ce sort pour congeler sur place les deux hommes, je n’aurais plus qu’à descendre leur faire cracher les informations dont j’avais besoin et c’en serait fini une bonne fois pour toutes. Et ils vivraient heureux et bla-bla-bla-bla-bla…

Je finissais d’incanter le sort est appliquais ma paume sur le toit, lorsque…

«   Je te surveillais, Lina Inverse   !   », me beugla une voix directement dans l’oreille.

«   Gnquoiiiiii   ?!   » ce hurlement avait jailli de ma gorge sans que je puisse le contrôler. Je me tournai dans tous les directions et, ne me demandez pas comment il savait que je me trouvais là ni comment il était arrivé ici sans que je ne le remarque, me regardant droit dans les yeux se tenait notre imbécile d’inspecteur préféré, vous l’avez deviné, Wizer.

«   Qu… que faites-vous là   !?   », lâchai-je.

«   C’est le droit le plus sacré d’un inspecteur que de se montrer lorsqu’on s’y attend le moins   » déclara-t-il.

Mais oui, bien sûr. «   Je m’en fous   !   », hurlai-je, et je pointai le doigt vers la ruelle en contrebas, «   ça, ce sont les types qui ont expédié cette Fireball dans l’auberge, juste à l’instant.   »

«   Encore ces mensonges si transparents   », ricana Wizer, «   je tendrais plutôt à penser que vous avez fait sauter votre propre chambre avec une Fireball, dans le but de faire croire que vous avez été assassinée par quelque mystérieux étranger, mais vous ne pouvez pas tromper le regard d’un inspecteur avec vos petites ruses.   »

Je lâchai un sourd grognement de frustration. «   Pourriez-vous déjà simplement m’écouter   !? Je vous dis la vérité   ! Si vous ne me croyez pas regardez tout simplement en bas…   » Je pensais ses paroles avant de pouvoir les finir, ma langue resta bloquée contre mon palais lorsque je pris brutalement conscience que le sort avait été interrompu.

Les deux assassins avaient disparu.


*******


«   L’affaire serait réglée, maintenant, si vous ne vous étiez pas fourré en travers de mon chemin la nuit dernière   », grognai-je, «   nous ne serions pas non plus obligés de prendre un de ces foutus bateaux à une heure aussi foutrement matinale.   »

«   Ah   ! Toujours à défendre la ridicule démonstration de la nuit dernière, à ce que je vois.   »

«   Humpf   ! Cela étant, c’est toi qui payes le petit-déjeuner, n’est-ce pas Lina   ?   »

Le sol était encore recouvert de rosée tandis que nous marchions le long des rives du lac, tôt le matin suivant l’attaque. J’aimerais pouvoir dire que nous partions pour une petite promenade matinale, mais non. À cette maudite heure, alors que tout le monde en ville dormait encore d’un sommeil bienheureux, nous avions pour mission de trouver un bateau pour nous rendre sur l’île au centre du lac.

«   Je suis toujours préoccupé par cette histoire de locations de bateaux   », dit Wizer alors qu’il marchait à mes côtés, «   si les pêcheurs locaux ne sont pas allés pécher ce matin, alors ils sont sûrement encore en train de dormir. Dans ces conditions, bon sang, comment envisagez-vous de leur louer une embarcation   ?   »

Je levai les yeux et poussai un soupir. «   Laissez-moi deviner   : Le fait qu’ils n’aillent même plus pêcher ne vous paraît pas étrange, n’est-ce pas   ?   »

Il renifla. «   Je suis vexé que vous pensiez cela. Bien sûr j’ai ma théorie à ce sujet   : c’est la faute de Lina Inverse.   »

J’étais sûre qu’il dirait ça…

«   Quoiqu’il en soit, nous devrions obtenir quelques réponses une fois sur cette île. Pour l’instant, en ce qui concerne le bateau…   », alors que nous étions arrivés près d’un rassemblement de navires amarrés à quai, je me dirigeais vers l’un d’entre eux choisi au hasard dans le tas, «   que pensez-vous d’un de ceux-là   ?   » Demandai-je, en tapotant le bastingage.

«   Hé là   ! Attendez une minute   !   », cria Wizer, atterré, «   suggérez-vous que nous en prenions un sans la permission de son propriétaire   ?   »

«   Ben, ouais   » acquiesçai-je comme si ça n’avait pas d’importance.

Mais c’était logique. Au point où nous en étions, il était évident que quelqu’un faisait pression sur les habitants, ce qui rendait peu probable de voir quelqu’un accepter de nous louer un bateau si nous allions le lui demander. Nous avions les mains liées.

«   Mais… mais c’est du vol   !   »

Je reniflais. «   Bien sûr que non. Nous le réquisitionnons temporairement dans le cadre d’une enquête.   » Si vous pouviez lire entre les lignes, vous pourriez également comprendre l’autre signification de mes paroles   : «   Et si quelque chose tourne mal, ce sera pour ta pomme. ♥   » heureusement pour moi, Wizer n’avait pas l’air très versé dans l’art du double sens…

«   M… mais…   »

«   Écoutez, je sais que ce n’est pas exactement ce que ferait un bon citoyen respectueux des lois, mais plus nous perdrons de temps dans cette enquête, plus la probabilité augmente qu’il arrive quelque chose aux enfants enlevés. Voulez vraiment les mettre davantage en danger   ?   »

«   C… certainement pas. Absolument.   »

«   Génial   ! Et maintenant on embarque   !   »


*******


Crac…

Splash…

Alors que nous poursuivons notre traversée du lac, seuls le craquement des rames et le doux clapotis des vagues contre la coque du bateau venaient briser le silence qui nous entourait. De temps en temps on pouvait deviner le bruit de ce que je supposais être un poisson sautant hors de l’eau. Cependant ce pur brouillard blanc demeurait insondable tout autour de nous.

Nous étions complètement coupés du monde.



Le bateau que nous nous étions approprié était au mieux très moyen. Tant qu’il n’était pas chargé de poissons, je suppose qu’il pouvait recevoir quatre personnes, peut-être cinq à condition d’accepter de faire amis-amis avec les autres passagers. À la barre se trouvait bien sûr l’inspecteur Wizer. Si quelqu’un devait effectuer tout le travail musculaire, dans notre situation je trouvais qu’il était juste de laisser cela au seul mec du groupe.

«   À quelle distance sommes-nous encore de l’île…   ?   »

«   ‘Sais pas. Le brouillard est trop épais.   », Répondis-je à Wizer qui maniait les rames sans relâche. Même en regardant aux alentours du bateau, tout ce que je pouvais voir autour de nous était l’ondulation de la surface de l’eau et la blancheur du brouillard.

«   Humpf   ! Je t’avertis, Lina Inverse, s’il s’avère que tu as embarqué Naga le Serpent faire tout ce chemin pour rien, alors je… Aiieee?!   » La voix de Naga se fit brutalement aiguë avant de disparaître au milieu d’un jaillissement d'éclaboussures autour de nous.

Je me retournai, m’attendant à voir Naga agrippée au bastingage du bateau, mais tout ce que je vis fut la surface ondoyante du lac…

Je levais les yeux au ciel. «   Je savais bien que cette poitrine surdimensionnée la déséquilibrerait de nouveau à un moment où un autre…   »

KER-SPLASH!

À peine avait-je prononcé ces paroles, que les eaux du lac s’ouvrirent soudainement pour révéler une vision que je ne suis pas prête d’oublier…


(Accusée à tort: à suivre)



DANS LE PROCHAIN CHAPITRE.

Quelle vision s’est offerte à nous lorsque les eaux du lac se sont ouvertes   ?

Qu’est-ce qui nous attend sur l’île au milieu du lac   ?

Est-ce que Wizer abandonnera UN JOUR les charges contre moi   ?

Et plus important, vais-je pouvoir me faire de l’argent dans cette aventure   ?

Vous aurez toutes les réponses dans le prochain chapitre et, là encore, peut-être pas   ! Quoiqu’il en soit restez à l’écoute pour Accusée à tort: Partie 2   !


Dernière édition par Gruic le Jeu 29 Jan - 17:37, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Jeu 29 Jan - 17:25

(Partie 2)


L’histoire en bref…


À la fin de l’épisode précédent, moi, la seule et unique Lina Inverse, j’étais accusée par l’insignifiant inspecteur Wizer Freion d’avoir perpétré une série d’enlèvements que je n’avais pas commis. Rien de ce que je pouvais lui dire ne parvenait à le convaincre de mon innocence. Alors, je décidais de me disculper en menant ma propre enquête pour découvrir, moi-même, le type réellement responsable. J’entraînais Wizer et Naga avec moi dans cette affaire. Mais, il s’avéra que quelqu’un pensait que je m’approchais trop près de la vérité pour mon propre bien et il envoya deux assassins s’occuper de moi  ! Quelques temps plus tard, alors que nous approchions de l’île où le véritable coupable nous attendait, les eaux du lac s’ouvrirent soudainement pour révéler une vision que je ne suis pas prête d’oublier…


«  HIIYAAAA-! Glurbleburble…  »

«  Qu’est-ce que c’est que ça, bon sang  ?  », hurla Wizer au moment exact où Naga laissa échapper un bruit situé à mi-chemin entre un hurlement à faire glacer le sang est un curieux gargouilli.

Le «  ça  » en question était probablement l’énorme tentacule, qui avait jailli au-dessus de la surface de l’eau. Je n’aurais pas su dire s’il appartenait à un poulpe ou à une pieuvre, mais je pense que c’était moins important que d’apercevoir le corps gigotant de Naga fermement enserré dans l’appendice visqueux.

C’est là que je réalisai qu’elle n’était pas tombée dans le lac mais qu’elle y avait été entraînée.



«  C’est un kraken  !  », souffla Wizer, d’une voix qui trahissait un mélange de choc et de stupéfaction. Pour vous expliquer, un kraken est une sorte de monstre qui ressemble à un croisement entre une pieuvre et un poulpe, que l’on trouve typiquement et principalement dans les grandes étendues d’eau  : les mers et les grands lacs. Je vous l’accorde, un «  pieuvre-poulpe  » géant ne semble pas être le genre de choses à inspirer la terreur dans le cœur des plus hardis navigateurs, mais le plus terrifiant à propos de ces créatures n’est pas seulement leur taille gigantesque, mais plutôt le colossal potentiel de destruction cataclysmique qui l’accompagne. Inutile de dire qu’avec ses tentacules, il pouvait facilement attraper notre petite barque de pêche et la broyer en un instant. Tout ce que nous pouvions faire était de subir.

Le tentacule du kraken qui tenait le corps gesticulant de Naga se projeta en avant et expédia celle-ci à travers les airs, tout droit sur nous  ! Qu’essayait-il de faire  ? Nous couler avec un boulet de canon géant  ?

«  Mais qu’est-ce qu’il fait  ?  », criais-je. «  Diem Wind!  » Je lançai le sort de vent et envoyai Naga valser vers…, hé bien… Surtout vers là où nous n’étions pas, en fait. Et franchement c’était tout ce qui m’importait.

EAAAAAAAHH…!

SPLASH.

Le bruit de son corps heurtant la surface de l’eau était une musique à mes oreilles. Je ricanai in petto, un sourire sinistre se dessinant sur mon visage. Repose en paix, Naga. ♥

«  Qu… qu’avez-vous fait  ?, cria Wizer, abasourdi. «  Ce n’est pas une façon de traiter vos compagnons  !  »

«  Qui  ? Naga  ? Elle s’en remettra…  », répondis-je en agitant négligemment la main. «  À votre place, je m’inquièterais plutôt pour nous.  » À peine avais-je prononcé ces paroles, que le bateau de pêche se mit soudainement à tanguer dans tous les sens. Le bruit des eaux s’écartant violemment m’envahit les oreilles, alors qu’un autre tentacule perçait la surface de l’eau toujours en mouvement. Un autre bruit d’éclaboussures se fit entendre et un autre tentacule émergea. Puis un autre. Et un autre. Le temps que les eaux s’apaisent, notre bateau fut encerclé par au moins dix de ces appendices qui se tenaient dressés hors de l’eau, tels les barreaux d’une immense cage de chair. Là, dans un même mouvement, ils nous chargèrent  !

D’un regard, j’embrassai l’ensemble de ces appendices en approche. Je ne pouvais pas m’en occuper un par un et je n’avais tout simplement pas assez de temps. Je ne possédais pas non plus dans mon arsenal le moindre sort pouvant  infliger directement des dommages au corps du kraken situé sous l’eau. Par contre, j’avais une idée.

«  Ils nous arrivent tout droit dessus  !  », s’exclama Wizer avec un accent de panique grandissant dans la voix et, tandis que je l’observais du coin de l’œil, je commençais à incanter mon sort. Ma main nue gifla l’eau quand je plaquai la paume contre la surface du lac.

«  Sea Blast  !  », hurlais-je. En réponse à ces Mots de pouvoir, la surface du lac explosa en une éruption de vagues furieuses et écumantes. Vu que ce sort était généralement utilisé précisément pour générer cet effet, je ne pouvais pas espérer qu’il inflige de réels dommages directement au kraken caché sous l’eau  ; cependant, je pouvais l’utiliser pour créer une ouverture. Rappelez-vous les enfants  : les sorts d'attaque ne servent pas simplement à attaquer.

Avec l’eau s’écartant tout autour de nous, notre bateau fendit les vagues sans difficulté et s’échappa de la barrière de tentacules, rendues incapables de nous arrêter. Nous nous étions échappés  ! Du moins pour le moment. Le kraken en dessous de nous, n’avait rien senti. Je savais qu’à un moment ou à un autre, il me faudrait l’affronter directement, mais la question était  : comment  ?

Alors que je tournais et retournais cette question dans mon esprit, j’entendis le bruit des vagues se précipitant à notre suite. Je me retournai pour voir que les tentacules du kraken s’étaient repris et gagnaient rapidement sur nous.

«  Ils reviennent  !  », hurla Wizer à travers le fracas des vagues. «  Faites quelque chose  !  » Il n’avait pas besoin de le dire deux fois, j’étais déjà à la moitié de l’incantation du sort suivant.

«  Levitation  ». À peine ces mots furent-ils prononcés, que notre bateau commença son ascension dans les airs, nous emportant avec lui.

«  C’est de la folie  !  »

«  Bouclez-la et tenez-vous à quelque chose si vous ne voulez pas passer par-dessus bord  !  », aboyais-je en réponse à la crise de panique de Wizer. Nous nous élevâmes davantage dans les airs, tandis que les tentacules se lançaient à notre poursuite, manquant de peu de nous agripper en raclant le fond du bateau, une dernière poussée nous expédia alors trop haut pour qu’ils puissent nous atteindre.

Wizer regarda d’abord en direction des tentacules du kraken puis se tourna vers moi avec une expression consternée sur le visage. «  Vous fuyez  ? C’est ça votre plan  ?  »

«  Hé ben ouais, je ne suis pas venue ici pour une partie de chasse au kraken  », répondis-je sèchement. «  Nous sommes ici pour enquêter sur cette île  »

«  Mais sûrement... Non.  » Wizer s’interrompit et me regarda droit dans les yeux en serrant les dents. «  Vous ne pouvez pas le laisser se balader comme ça en liberté  ! Imaginez le danger qu’il fait peser sur les pêcheurs du rivage  ! Dites-moi, même en sachant qu’ainsi vous mettrez leur vie en danger, allez-vous rester là et ne rien faire  ?, me demanda-t-il.

«  Vous pouvez toujours le combattre vous-même si vous voulez, inspecteur.  »

L’inspecteur Wizer bondit en avant et pointa son doigt vers l’île. «  En avant toute  !  », aboya-t-il.

Le parfait représentant de l’humanité, je suppose.

Je levais les yeux au ciel. «  Heureuse que nous ayons réglé ça. Maintenant parlons de…  » Le grondement de l’eau couvrit ce que je m’apprêtais à dire. Je passais la tête par-dessus le bastingage, cherchant l’origine de ce bruit. «  Qu’est-ce que…  », marmonnais-je.

Juste en dessous de nous, les tentacules jaillissaient à toute vitesse dans notre direction.

«  Le kraken fait surface  !  », annonça Wizer. Il fallait porter à son crédit qu’il avait à moitié raison. Alors que les tentacules s’élançaient vers le ciel, l’ombre noire dont ils étaient issus se découpa sous la surface du lac et bondit hors des profondeurs dans une déferlante aquatique. Mais, au lieu du kraken que nous nous attendions à voir, se trouvait une créature entièrement différente.

GROAAAAR!

Le puissant rugissement de la créature parcourut toute la surface du lac tandis qu’un serpent de mer émergeait de l’eau. Attachés à son tronc s’agitaient les tentacules dont nous avions eu précédemment à subir les assauts. Enfin, deux ailes lui avaient même poussé sur le dos. Inutile de dire que quelque chose d’aussi délirant ne pouvait pas exister sans un petit coup de pouce extérieur.

«  Qu… que…  !  », bafouilla Wizer. Apparemment le choc l’avait privé de son habituelle éloquence.

«  C’est une chimère  », répondis-je à la question qu’il n’avait apparemment plus la capacité de poser. «  Et je vous parie tout ce que vous voulez que ce sont les types sur l’île qui l’ont créée  ».

RAAAAAH!

Dans un autre rugissement assourdissant, la chimère prit son élan, étendit les ailes et commença à les agiter frénétiquement. C’était… Je n’en croyais presque pas mes yeux. Cette chose pouvait voler  ! Plus elle s’élevait dans le ciel, plus mon estomac se remplissait d’une boule glacée. Elle fonçait droit vers nous et il semblait bien que je n’avais pas d’autre choix que de la combattre, en fin de compte. Je luttais pour garder le contrôle du sort de lévitation et commençais à en incanter silencieusement un autre.

«  Dolph Zork!  »

Une trombe d’eau s’éleva du lac et prit la forme d’une lame acérée. À peine avait-elle pris assez de vitesse, qu’elle rejoignit le serpent dans sa course et frappa la bête, la tranchant en deux. Tout s’était passé en un clin d’œil.

Le coup était mortel. Mais le sort n’était pas de moi. Alors que ce qui restait du corps de la chimère s’écrasait dans l’eau, un rire indubitablement familier et tout aussi douloureusement énervant résonna au-dessus du fracas des vagues.

«  Oooh-ho-ho-ho! Personne ne reste en vie après avoir levé la main sur Naga le serpent blanc, et certainement pas une imbécile de chimère. Tu y réfléchiras dans l’autre monde  !  »

«  Je regardais vers l’endroit d’où venait la voix et, assurément, Naga, les mains sur les hanches et l’air aussi fière que possible, se tenait… attendez une minute  ! Debout sur l’eau  ??

«  Naga, comment fais-tu pour marcher sur l’eau, bon sang  ?  » demandais-je.

«  Oooh-ho-ho!  », s’esclaffa-t-elle «  C’est amusant que tu me demandes ça! Vois-tu, après qu’une certaine personne m’a expédiée au loin avec un Diem Wind, une méduse qui passait par là a eu l’idée de venir me sortir d’une tombe inconfortablement humide.  »

Maintenant qu’elle en parlait, je pouvais vaguement apercevoir une masse translucide géante onduler calmement dans l’eau sous ses pieds. Eh bien, que je sois damnée, elle disait la vérité  !

Naga ricana. «  Encore une démonstration de mes pouvoirs de persuasion naturels, je suppose  », claironna-t-elle, le torse gonflé d’orgueil.

Il fallait absolument que je m’arrête, le temps de réfléchir à tout cela. Si elle pouvait faire en sorte qu’une méduse passant à proximité vienne à son secours, oserait-on imaginer alors à quels pouvoirs de persuasion elle pouvait bien faire allusion…  ? J’en arrivais à la conclusion que Naga n’était pas une personne ordinaire, à plus d’un titre, mais… bon, peu importait.



«  Tout ce que tu voudras  », répondis-je avec un soupir résigné. «  Mais cette erreur de la nature est bien la preuve dont j’avais besoin pour démontrer qu’il se passe des choses bizarres sur cette île, et que quelqu’un ne veut pas que nous nous en approchions assez près pour découvrir de quoi il s’agit.  ». Je désignai du doigt la masse floue tout juste visible à travers le brouillard. «  Maintenant allons voir de quoi il s’agit  ! Terre en vue  !  »

*****


«  Oh oui  ! Clairement, il se passe quelque chose, ici…  »

Étonnamment, nous étions parvenus à débarquer sur l’île pratiquement sans le moindre incident, abstraction faite de la précédente attaque de chimère. La première fois que j’avais entendu parler de cette île, je m’étais imaginé qu’il s’agissait d’un quelconque coin de terre paumé. Imaginez ma surprise lorsque nous arrivâmes pour constater que cet endroit était plus grand que la plupart des villages que nous avions visités récemment. Le lieu où nous avions débarqué comportait non seulement un quai mais abritait également un nombre considérable de bateaux.

«  Quelque chose, sûrement  », dit doucement Wizer, me regardant d’un air dubitatif. «  Mais ces bateaux de pêche ne pourraient-ils pas appartenir aux pêcheurs de l’autre rive  ?  »

Je soupirai profondément. Par où commencer  ?  «  Tout le monde en ville nous a dit que les pêcheurs ne sont pas venus ici depuis des mois. En plus de cela, ils ont l’air d’avoir été à peine utilisés et, tenez  ! En voilà une bien bonne  ! Ce ne sont même pas des bateaux de pêche  !  »

«  Certes…  », murmura Wizer, alors qu’il examinait les bateaux amarrés à quai. «  Certes  », répéta-t-il. «  Entre la chimère et ces bateaux... Je dois dire que vos tactiques de diversion sont très élaborées, Lina Inverse.  »

«  Pour l'amour du ciel  !  », hurlais-je, «  allez-vous encore prétendre que tout ceci est de ma faute  !?  »

«  Bien sûr  ! Comme je l’ai clairement exprimé depuis le tout début, mon intuition acérée et mon expérience vous regardant m’ont clairement indiqué que vous, Lina Inverse, êtes la coupable dans cette affaire  !  »

«  Votre intuition est aussi acérée qu’un marteau rouillé  ! Aussi acérée que…  » Je m’arrêtai là. En fait, j’étais fatiguée de me battre avec lui. «  Oh et puis peu importe  !  » Soupirais-je. «  Si vous ne m’avez pas crue avant, je doute que vous commenciez maintenant. Cependant je sens que je vais adorer ce que vous aurez à me dire à ce sujet une fois que nous aurons fouillé cette île de fond en comble.  »

Il renifla. «  Et moi j’ai hâte d’entendre les excuses que vous allez sans le moindre doute me faire une fois que ces recherches se seront avérées totalement infructueuses.  »

«  Oh, nous verrons bien qui rira le dernier  ! Et quand le coupable sera sous les verrous, je veux vous voir ramper devant moi pour implorer mon pardon  !  »

Naga s’éclaircit la gorge. «  Plus important, Lina, j’espère que tu vas augmenter ma part du trésor, quel qu’il soit, en contrepartie de ce plongeon que tu m’as fait faire dans le lac.  »

Nous continuâmes tous les trois à nous disputer tandis que nous poursuivions notre chemin vers le centre de l’île. Pour être honnête, je n’avais pas la moindre idée de l’endroit où pouvait se dissimuler le repaire des criminels, mais puisqu’ils n’avaient pas jugé utile d’essayer de nous éloigner des bateaux ou du quai, je soupçonnais vaguement qu’ils avaient déjà préparé quelque chose pour nous arrêter un peu plus loin. Bien sûr ça sentait les ennuis, mais au moins nous n’aurions pas à errer dans toute l’île en essayant de trouver cet endroit.

«  D’accord, d’accord  ! Revenons à notre problème  !  », dis-je finalement. «  L’entrée de leur repère doit se trouver quelque part par-là. Je sais que le brouillard ne va pas nous faciliter les choses, mais gardez les yeux ouverts et soyez prêts à toute éventualité…  » À ces mots, ma gorge se serra. Il y avait quelque chose ici, c’était sûr, et cette chose avait flairé le sang. Je le sentais. Je regardais dans toutes les directions, le souffle court, et je vis plusieurs petites lumières rouges émerger du brouillard. Qu’est-ce que…

ROOOOAR!

À peine avais-je entendu ce hurlement bestial que les lumières rouges se précipitèrent en avant et plongèrent droit vers nous. Je me jetai sur le côté sans la moindre hésitation, et juste à temps  ! Les cheveux sur ma nuque se hérissèrent lorsque je vis un groupe de Flare Arrows s’écraser dans un sifflement strident juste à l’endroit que nous occupions une fraction de seconde auparavant. Si j’avais été plus lente, je ne m’en serais pas sortie avec seulement quelques cheveux roussis.

«  YEEEEK?!  »

D’accord, l’un d’entre nous n’avait pas été aussi chanceux. Oh, bon, pas mon problème  ! J’écartai de mon esprit cette pensée sans intérêt et je commençais à incanter un contresort. Mais je fus interrompue avant de pouvoir finir.

«  Que venez-vous faire ici  ?  », demanda la voix désincarnée d’un homme depuis l’endroit où les Flare Arrows avaient été tirées.

«  Oh, je pense que vous savez pourquoi nous sommes là  », répondis-je. «  Rien ne trahit autant une conscience coupable que le fait d’envoyer deux assassins pour me tuer dans mon sommeil, ou bien de placer une chimère dans le lac en guise de chien de garde pour nous empêcher d’arriver jusqu’ici.  »

La voix demeura silencieuse un moment avant de reprendre. «  C’est assez juste… mais en quoi ce que nous faisons ici vous concerne-t-il  ?  »

«  Nous sommes venus pour ramener à leurs parents les enfants que vous avez enlevés bien sûr  !  » cracha Wizer en direction de la voix avant que j’ai la possibilité d’ouvrir la bouche. Merde alors! Apparemment il l’avait ouverte pour une bonne raison, pour une fois. «  Même si vous faites partie des cohortes de Lina Inverse.  »

Pour la bonne raison, on repassera...

«  Je ne vois pas de quoi vous voulez parler… mais maintenant que vous êtes là, je crains de ne pouvoir vous laisser partir.  ». À ces mots, une silhouette solitaire émergea du linceul blanc qui nous entourait de toutes parts. C’était un lesser demon. Je réalisais que cette chose était probablement responsable du jet de Flare Arrows, mais pourquoi ne nous en envoyait-on qu’une seule  ? Pour quel genre de minable ce type me prenait-il  ? Je veux dire, bien sûr, un lesser demon constituerait une menace pour n’importe quelle épéiste ou sorcier ordinaire, mais pour une maîtresse escrimeuse et sorcière de talent telle que moi, la seule et unique Lina Inverse, il ne représentait qu’une menace dérisoire.

«  Juste un seul  ?  », m’esclaffais-je. «  Êtes-vous sûr que cela suffira pour s’occuper de moi  ?  »

La voix ricana. «  Je suis certain qu’il ne représenterait aucune menace pour vous  », admit-il d’une façon surprenante. «  Si c’était un lesser demon ordinaire, veux-je dire…  »

Je levais les yeux au ciel. «  Bluffer ne vous aidera en rien  », dis –je. «  Pour moi il ressemble à un lesser demon tout à fait ordinaire…  »

«  Oh, il en a certainement l’air… en termes de capacités, il est identique.  »

«  Essayez-vous de me faire comprendre quelque chose  ?

«  Ce que je veux vous faire comprendre, est que son existence-même est ce qui le rend à part. Un lesser demon ordinaire serait conjuré d’un autre plan grâce à un sort, mais celui-ci… celui-ci est le résultat de travaux de recherche acharnés. Il a été créé en utilisant quelque chose d’autre comme élément de base… Pour quelles raisons pensez-vous que nous enlevons ces enfants  ?  »

«  … Quoi  ?  »

«  Impitoyables canailles  !  », cria Wizer au même moment. «  Comment avez-vous pu faire une chose pareille  ?!  »

Mais la voix se contenta de poursuivre. «  Certes…,en utilisant des enfants qui n’avaient encore développé leur pleine personnalité en guise d’élément de base que l’on retravaillait ensuite, nous avons été en mesure de les transformer en lesser demons. C’est là le socle des recherches que nous avons conduites ici, et dont le résultat se trouve juste devant vous.  »

«  J’ai déjà entendu pas mal de bluffs foireux en plusieurs occasions, mais là c’est le pompon.  », répondit-je en grimaçant. Ce type mentait forcément.

«  … Qu’est-ce qui vous fait penser ça  ?  »

«  D’une part, vous n’avez pas besoin de les créer. Si vous utilisez directement des lesser demons pour enlever les enfants, ce qui est le cas, alors cela signifie que soit vous soit un de vos amis sait utiliser des sorts pour conjurer des démons. Cela signifie que les recherches dont vous parlez ne vaudraient pas le temps et l’argent nécessaires, non seulement pour enlever un enfant mais aussi pour conduire ces recherches.  »

«  Les démons n’obéissent à personne d’autre qu’au sorcier qui les a conjurés.  », répondit immédiatement la voix imperturbable. «  Au final ils ne sont pas plus utiles que des outils ne sont utiles à un artisan. Cependant, si nous disons que certaines conditions sont remplies pour que l’on crée un démon qui obéit à n’importe quel ordre qu’on lui donne  ? Un groupe de telles créatures ne pourrait-il pas être considéré comme la force de combat suprême  ? Ce que nous faisons ici, c’est créer des armes de guerre à partir de démons. Appelez ça du bluff si vous voulez, mais tout ce que vous trouverez une fois que vous aurez tué le démon en face de vous sera le corps d’un enfant mort.  »

Je grinçais des dents et, juste à côté de moi, je pouvais entendre Wizer faire exactement la même chose. Bon, au moins nous étions d’accord sur quelque chose.

«  Si nous en avons maintenant terminé avec cette discussion.  », continua la voix sur un ton presque ennuyé. «  Je pense qu’il est temps pour vous de mourir. Tue-les  !  »

Le démon répondit par un rugissement et envoya une deuxième volée de Flare Arrows. Wizer et moi sautâmes sur le côté pour esquiver l’avalanche. Mais chaque fois que nous parvenions à éviter un tir de barrage, un autre suivait immédiatement, tandis que le démon nous pilonnait sans discontinuer.

Nous étions coincés. En temps normal, j’aurais pu anéantir trois fois le démon, mais s’il y avait quoi que ce soit de vrai dans ce que la voix désincarnée avait affirmé, ce démon avait été un petit garçon ou une petite fille terrorisé… je ne suis peut-être pas ce que vous pourriez appeler un parangon de vertu, mais je ne dormirai plus jamais paisiblement en ayant le sang d’un enfant sur les mains.

«  Et alors  ?  », ricana la voix, alors que nous luttions pour éviter le tir de barrage ininterrompu. «  Vous n’irez jamais nulle part en courant dans toutes les directions  ! Et bien sûr, vous ne parviendrez jamais à vaincre ce démon, de toute façon  !  »

J’entendis un léger ricanement. «  Oh, en êtes-vous vraiment certain  ?  », répondit la dernière voix que j’avais envie d’entendre en pareille circonstance. Avant que Wizer ou moi puissions dire quoi que ce soit pour l’arrêter…

«  Dynast Breath  !  » En un clin d’œil, dans un craquement qui me retourna l’estomac, le corps du démon se retrouva enchâssé dans un bloc de glace. L’instant d’après…, il explosa en millions d’éclats et une avalanche de poussière blanche se répandit sur le sol.

J’avais une boule au moins aussi glacée dans l’estomac.

«  Qu’avez-vous fait  ?!  », cria Wizer, la voix hystérique de fureur.

Naga étant Naga, il était impossible de dire si elle avait entendu l’un d’entre nous, ou pas. Elle éleva la main juste devant la bouche et commença à rire à sa façon exaspérante. «  Oooh-ho-ho-ho! Vous voyez  ! J’ai battu ce démon à votre place  ! Des gens plus doués que vous ont déjà essayé de défier Naga le Serpent blanc, et ils ont échoué  ! Réessayez dans dix ans  !  »

«  C… c’est impossible  ! Comment saviez-vous que je mentais  ?  », cria la voix. Attendez… elle mentait  ?

«  Oh là, oh là, oh là  !  », intervins-je. «  Vous voulez dire que c’était réellement du bluff  ?!  »

La voix émit un grognement mi-irrité, mi-étranglé avant de disparaître.

«  Oooh-ho-ho-ho!!  », s’esclaffa Naga. «  Il a dû prendre conscience de la vanité de ses actes et s’enfuir, couvert de honte  !  »

Wizer s’éclaircit la gorge, l’air admiratif. «  En vérité, jusqu’à maintenant je vous avais considérée comme un bagage inutile, mais après que vous ayez aussi facilement percé cette ruse à jour, je dois dire que vous me forcez à réévaluer l’opinion que j’ai de vous.  »

Face aux félicitations de Wizer, Naga bomba encore davantage le torse. «  Oh ho-ho-ho  !  » elle rit pendant encore quelques instants, puis s’interrompit brusquement. «  De quelle ruse parlez-vous  ?  »

Wizer et moi fîmes immédiatement silence, choqués.

«  Cette histoire au sujet des enfants enlevés et utilisés pour fabriquer des démons…  », expliqua lentement Wizer. Naga leva les sourcils d’un air confus.

Attendez une minute. Ne me dites pas que…

«  … Juste une question, Naga, quand ce démon nous a attaqués et que tu as été touchée, est-ce que par hasard tu n’aurais pas été assommée  ?

Elle rigola doucement. «  Eh bien oui. Et quand je suis revenue à moi, vous étiez tous les deux en train de courir dans tous les sens comme si vos vies en dépendaient. J’ai entendu quelqu’un dire que nous ne pourrions jamais vaincre un démon, ou une absurdité de ce genre, alors j’ai décidé de prendre les choses en main.

«  Oh, ça doit être ça qu’on appelle avoir la main heureuse  », songeais-je.

«  Au moins ce n’était que du bluff  », ajouta Wizer avec un soupir résigné.

«  N’importe comment  », repris-je après que nous ayons pris un moment pour considérer notre phénoménale bonne fortune, «  au moins maintenant nous savons que leur base d’opérations est près d’ici, et cela signifie que les enfants le sont probablement aussi. Je sais que ce type bluffait à propos des démons, mais je suis prête à parier qu’il ne mentait pas quand il nous a dit ce qu’il comptait réellement en faire. Alors allons-y et sauvons ces gamins avant qu’ils ne les transforment en rats de laboratoire  !  »

*****


KA-BOOUM!

Les débris de ce qui avait été la porte du repère ennemi se répandirent autour de moi, après que je l’eus faite exploser en morceaux avec un sort d’attaque bien placé. Le camouflage de seconde catégorie qui la dissimulait n’avait pas eu la moindre chance. Je repérai un escalier qui descendait sous terre et je vis un peu plus bas un long couloir blanc éclairé par des mousses luminescentes tapissant ses parois. Il n’y avait pas âme qui vive.

«  La voie est libre. Allons-y  !  », annonçais-je par-dessus mon épaule à Naga et Wizer, tandis que je descendais rapidement l’escalier.

Alors que je descendais bille en tête dans le couloir, je ne pouvais m’ôter de l’esprit une pensée dérangeante. Normalement, dans ce genre de repère, on s’attend à tomber dans toutes sortes de pièges  : flèches jaillissant des murs, trappes s’ouvrant dans le sol, ce genre de choses, non  ? Pourtant, pour une raison ou pour une autre, cet endroit semblait ne rien avoir de tel. Je n’aurai su dire si ceux qui occupaient les lieux ne se préoccupaient pas de gérer ainsi le quotidien ou, que jamais ils n’avaient imaginé que quelqu’un seraient en mesure de parvenir aussi loin. Mais, là encore, si Wizer était bien le parfait représentant des inspecteurs de ce pays, je ne pensais pas que les criminels locaux se sentaient suffisamment menacés pour voir aussi loin. Non que je puisse le leur reprocher…

Nous suivîmes tous les trois le couloir en silence pendant plusieurs minutes, jusqu’à ce qu’une voix familière nous arrête net.

«  Je me doutais bien que des gens aussi têtus que vous finiraient par arriver jusqu’ici  », dit la même voix désincarnée qui nous avait parlé dans le brouillard et qui semblait surgie de nulle part.

«  Où êtes-vous  ? Montrez-vous  !  », exigea Wizer, tandis ce que nous étions stoppés dans notre élan en plein milieu du couloir.

«  Calmez-vous  », intervins-je. «  Il utilise sans doute une sorte de tuyau comme porte-voix.  »

«  Bien deviné  », répondit la voix. «  Mais puisque vous êtes arrivés aussi loin, vous ne me laissez pas d’autre choix que d’agir personnellement.  »

«  Vraiment  ? Alors là, vous venez d’avoir une idée géniale  », dis-je.

«  Je propose que nous arrêtions-là avec ces petits jeux  », continua la voix. «  Et que nous réglions ça sur le champ  ; moi et mes hommes contre vous et les vôtres. Descendez tout droit dans ce couloir et prenez la première porte en pierre sur votre droite. C’est là que nous en finirons une bonne fois pour toutes. Je vous attends.  »

«  Ça m’a l’air d’un bon plan. J’y serai.  »

«  Ça pourrait être un piège  », averti Wizer. «  En fait, j’ai vraiment dans l’idée que c’en est un.  »

«  Oh, je sais bien que c’est un piège,  » répondis-je avec un sourire sinistre. «  Et c’est bien pour ça que nous y allons.  »

Wizer se contenta de me regarder en fronçant des sourcils. «  Mais c’est ridicule…  »

«  Oooh-ho-ho-ho! Bien joué, Lina! Tu as finalement compris le sens du mot ‘classe’  » Naga fit flotter sa cape avec panache et prit une pose théâtrale. «  Faire irruption dans la forteresse ennemie, même en sachant qu’un piège nous attend de l’autre côté  ! Et arracher la victoire contre toute attente  ! Voilà la façon de… Hé Lina, ne me laisse pas  !  » J’entendais la voix de Naga derrière moi, mais j’étais déjà partie. Hé quoi  ? Vous pensiez vraiment que j’allais m’asseoir pour écouter cette tirade ridicule, alors que je pouvais être en train de régler le problème  ? Wizer et Naga hâtèrent le pas pour me rattraper et très vite nous tombâmes sur la porte que la voix nous avait indiquée un peu plus tôt.

«  Attendez  ! Vous n’envisagez quand même pas d’entrer comme ça là-dedans  ?  », demanda Wizer. Dieux, ce type ne pigera donc jamais rien n’a rien  ? J’ignorais ses protestations et me concentrais pour incanter un sort.

«  Vu Vraimer.  » et, effectivement, un grondement sourd se fit entendre à travers les murs en pierre du couloir, tandis qu’ils commençaient à se tordre et à se déformer en réponse à mon sort, donnant naissance à un golem de bonne taille presque assez large pour occuper tout le couloir. Je me tenais sur le côté du pas de la porte que j’ouvris d’une poussée. Immédiatement…

VWOOOUSH!

D’innombrables, une centaine et peut-être plus, de Flare Arrows furent tirées depuis l’intérieur de la pièce et allèrent exploser contre le corps du golem  !

Ils avaient essayé de nous tendre une embuscade  ! Je gardais ma position jusqu’à ce que survienne une accalmie dans le tir de barrage, puis je passai rapidement la tête à la porte pour jeter rapidement un coup d’œil circulaire. À l’intérieur s’étendait une grande pièce qui aurait pu avoir été un entrepôt à une époque et, placés juste au centre, se trouvaient environ dix sorciers accompagnés d’à peu près autant de ces grotesques chimères. Donc, leur plan était de concentrer toute l’artillerie lourde ici, nous y attirer et nous abattre sans faire trop d'efforts. On venait juste de constater à quel point c'était efficace. Je remarquai que la porte devant laquelle je me trouvais était le seul moyen de quitter la pièce.

Dès que je fus satisfaite de cette surveillance express, je fermai rapidement la porte et me tournai vers le golem. «  Assieds-toi en appuyant le dos contre la porte et ne laisse sortir personne, sous aucun prétexte.  », ordonnais je. Encore une de mes méthodes favorites  : faire semblant de relever un défi, puis en prendre excuse pour chercher les grands chefs et les enfermer  !

«  Oh  ! Allons  !  », cria une voix familière depuis un tuyau planqué les dieux seuls savaient où. «  Je croyais que nous étions d’accords pour en finir une bonne fois pour toutes  !  »

«  Qui ça nous  ? J’ai dit que j’allais venir et c’est ce que j’ai fait. Si vous voulez parler des gens qui ne tiennent pas leur parole, j’ai remarqué que vous en faisiez partie. Alors c’est quoi votre idée, hein  ? Vous vous contentez de laisser vos laquais faire le sale travail, tandis que vous restez bien planqué à regarder de loin  ?  »

«  Qu… qu’est-ce qui vous fait penser que je n’étais pas là  ?  », hoqueta la voix.

«  Facile  ! Il n’y avait pas de démons.  » La voix ne dit rien, alors je continuais. «  Vous voyez, si nous rassemblons toutes les pièces du puzzle, il est maintenant évident que vous êtes celui qui a conjuré et contrôlé le démon lors de notre précédente rencontre. Maintenant, si vous aviez réellement été dans cette pièce, je pense que votre principale préoccupation aurait été de renforcer votre puissance de frappe, dès lors vous auriez conjuré au moins un démon, si ce n’est deux, pour augmenter vos chances. Mais puisqu’il n’y en avait aucun dans la pièce, je dirais que cela rend parfaitement évident le fait que vous n’y étiez pas non plus. Oh, et à ce sujet  ! Ajoutons à cela le fait que vous vouliez nous tuer là-bas, donc il n’est pas nécessaire d’être un génie pour comprendre qu’il y a quelque chose d’autre au bout de ce couloir. Alors ne bougez pas et préparez-vous, parce que j’arrive pour vous choper  ! ♡  ». Je me tournai vers mes compagnons avec un petit sourire. «  Allons démolir quelques
portes, vous autres  !  »

«  Certes  !  »

«  Lina, attend  ! Et le trésor  ?!  »

«  On le lui demandera quand on l’aura attrapé  !  »

Naga ricana sèchement. «  Le plus tôt sera le mieux, dans ce cas  !  »

Nous laissâmes le golem en place et nous nous précipitâmes le long du couloir. En commençant par un côté, nous enfoncions systématiquement chaque porte à mesure que nous en rencontrions. S’il n’y avait rien dans la pièce, nous passions à la porte suivante et ainsi de suite. Et au moment où j’ouvrai la porte de la dernière pièce…

VRRRN!

«  Oh-là  ?!  » Je criais involontairement tandis qu’un essaim de Flare Arrows passa à un cheveu de mon nez, assez près pour que je puisse en sentir la chaleur. Si j’avais fait un pas de plus, cela aurait été un coup direct sur le côté du visage… Je frissonnai. J’eus tout juste le temps d’imaginer ce qu’aurait été ma vie si j’avais été privée d’un de mes plus précieux atouts lorsqu’une voix se fit entendre. Mais cette fois, elle ne parlait pas à travers un tuyau.

«  Ne bougez pas  !  »

Je jetai un regard dans la pièce et discernai rapidement une lourde porte en fer sur le côté. Devant, on voyait la silhouette dégingandée d’un sorcier et avec lui se tenait la silhouette ordinaire d’un lesser demon.

«  Aaah  ! Enfin nous nous retrouvons face à face M. Le chef.  »

«  J’ai dit de ne pas bouger  !  », couina le sorcier. Son visage était couleur de cendres et ses yeux étaient écarquillés de terreur, tandis qu’il se précipitait frénétiquement vers la porte de fer pour agripper maladroitement une sorte de levier placé sur le côté. «  Les enfants que vous cherchez sont juste derrière cette porte  ! Avez-vous la moindre idée de ce qui leur arrivera si je tire sur ce levier  ?  »

«  Ragna Blast  !  »


SHOOO-KOOUM!

J’avais attendu que le sorcier en ait terminé avec son petit jeu pour lancer mon sort d’attaque et renvoyer avec perte et fracas le lesser demon aux ténèbres dont il était issu. «  Je vais vous dire ce qui arrivera si vous tirez sur ce levier  : que dalle  ! C’est encore un de vos bluffs à la noix  !  »

«  Que… mais…  », bafouilla le sorcier. Visiblement il ne s’attendait pas à ce que je le perce à jour aussi facilement.

«  Vous voyez, de votre point de vue ces enfants sont essentiels à vos recherches, pourtant vous n’avez pas équipé votre repère du moindre piège. Cela signifie simplement que vous n’aviez jamais envisagé d’équiper la pièce où vous détenez les enfants avec quelque dispositif mortel que ce soit. Soit dit en passant, ceci constitue également un indice révélateur que vous n’avez jamais non plus simplement imaginé la possibilité qu’un intrus puisse parvenir jusqu’ici.  »

Le temps de plusieurs battements de cœur, le sorcier me regardait silencieusement. Je sentais qu’il m’évaluait silencieusement. «  Ça règle la question, je suppose  », dit-il simplement. «  Vous gagnez.  » Visiblement, je l’avais coincé, au sens littéral comme au figuré, mais assez bizarrement il n’avait plus du tout l’air terrifié. En fait, il avait presque l’air assez… soulagé. Était-ce à cause de quelque chose que j’avais dit  ? «  Mais rappelez-vous  », ajouta-t-il. «  Vous n’avez pas fini d’entendre parler de nous.  »

«  Oh, je ne pense pas.  » Wizer fit irruption dans la pièce. Rassemblant toute l’apparence d’autorité officielle qu’il pouvait, il passa devant moi pour se placer en face de l’homme et de la porte en fer. «  Moi, inspecteur Wizer Freion, ai été témoin de vos méfaits que la sorcière itinérante Lina Inverse attestera sûrement, ayant également entendu votre confession.  »

«  Quoi  !?  » Les yeux du sorcier s’exorbitèrent. «  In… inspecteur  ?! Mais c’est impossible, aucun inspecteur ne viendrait ici  !  »

Qu'est-ce qui te fait dire ça  ?

«  Impossible ou pas, je suis là. Inventez tous les mensonges que vous voudrez et, je vous en prie, n’hésitez pas à accorder votre histoire avec celles de vos collègues conspirateurs. Maintenant que votre odieuse opération a été révélée, rien ne pourra venir vous sauver. Ça, je vous le garantie.  »

…Attendez  ! Quoi  ?

Confronté aux accusations de Wizer, toute couleur disparut totalement du visage du sorcier tandis qu’il s’effondrait au sol, désespéré.

Bon, finalement, nous avions fait échouer le complot des méchants et les enfants furent ramenés sains et saufs.

Et le trésor  ? Eh bien… il n’y en avait pas.

*****

«  Eh bien, vous m’avez bien eue.  », admis-je devant Wizer plusieurs jours après la résolution de cette affaire, tandis que nous étions assis dans l’espace bondé d’un restaurant où il était venu nous rendre visite.

«  Hum  ? Je ne suis pas sûr de vous comprendre.  », remarqua innocemment Wizer alors qu’il sifflait le contenu d’une odorante tasse de thé, satisfait de jouer les imbéciles comme d’habitude.

«  C’est le royaume de Ruvinagald qui était à l’origine de cet incident n’est-ce pas  ?  », demandais-je l’air désinvolte. Wizer se figea, la tasse à hauteur de la bouche, et Naga semblait retenir son souffle. «  Enfin, ça ou quelqu’un de haut placé dans le royaume.  », ajoutais-je. «  Mais à en juger par la façon dont les pêcheurs marchaient sur des œufs, ça devait être quelqu’un bénéficiant d’un énorme entregent. Je veux dire  : si vous examinez simplement toute cette comédie du détective incompétent, le repère des méchants sur l’île et ajoutez à cela la façon dont le sorcier a affirmé qu’il n’y avait aucune chance de voir un inspecteur arriver…, ça a l’air bizarre n’est-ce pas  ? On ne dit pas qu’il n’y a aucune chance de voir quelque chose se produire ou non, sans avoir quelques éléments concrets pour soutenir une telle affirmation. Cela me fait penser que quelles que soient les personnes qui étaient derrière cette opération, hommes, femmes ou organisation, elles devaient également avoir des liens très forts avec le Bureau d’investigations spéciales du royaume.  »

«  Attend une minute, Lina. Si, et je dis bien si, c’est le pays tout entier qui était derrière tout cela, alors pourquoi bon sang commettrait-il un acte aussi insensé qu’utiliser ses propres enfants comme chair à expérience pour ces démons  ?  »

«  Réfléchis à cela, Naga. Ils n’ont aucun centre d’activité commerciale et rien non plus pour intéresser les touristes. Cela signifie qu’il n’y a aucune source extérieure de revenus. La seule ressource naturelle qu’ils puissent négocier est le cèdre de ruvina pour la construction navale et même cela n’est pas très profitable, ni même inépuisable. S’ils ne trouvent pas une autre source de revenus, et vite, alors Ruvinagald prend un aller simple pour la banqueroute.  »

«  Mon avis est que la solution qu’ils avaient trouvée était la production artificielle de démons que n’importe qui pouvait contrôler. Maintenant, qu’ils aient voulu les vendre à d’autres pays, les utiliser à l’intérieur de leurs frontières ou les utiliser comme machines de guerre pour leur propre compte, je ne sais pas.  »

«  Bien sûr, ils auraient pu utiliser des enfants pris dans d’autres pays, mais ils auraient risqué d’attirer l’attention des autorités locales sur eux et ils n’auraient pas été en mesure d’esquiver éternellement les questions. Et là, c’est un conflit international qui aurait éclaté. Alors, à la place, il était dans leur intérêt de voler plutôt les enfants du petit peuple puisqu’il était plus facile de tout dissimuler, et même si le Bureau d’investigations ouvrait une enquête, il n’y avait pas grand-chose qu’il aurait pu faire à partir du moment où le gouvernement commençait à lui mettre la pression pour qu’il arrête ou renonce. Est-ce que ça vous paraît correct, inspecteur  ?  »

«  Hum  ?  » Wizer détourna les yeux d’un air innocent.



«  Vous avez dit vous-même au sorcier que rien ne pouvait venir le sauver. En clair, vous saviez, ou au moins vous suspectiez, qu’il recevait un financement au niveau national, ce qui signifiait que si vous vouliez continuer votre enquête vous auriez probablement à affronter l’obstruction de personnes ayant beaucoup d’influence. Quand vous avez appris que j’étais en visite dans le pays, vous être accroché à la plus minime excuse que vous pouviez trouver pour m’accuser d’avoir moi-même commis ce crime. De cette façon, les gros bonnets considéraient que vous vous étiez lancé sur une fausse piste et vous étiez alors libéré du souci de voir vos supérieurs être mis au courant. En fait, cela créait une situation où c’est moi qui devais mener l’enquête, tandis que vous vous contentiez de me suivre. La raison pour laquelle vous m’avez retenue lorsque j’avais coincé ces assassins dans l’auberge était que vous ne vouliez pas me voir compromettre l’opération en lâchant la proie pour l’ombre à cause de deux acolytes de bas étage. Vu sous cet angle, pas mal d’autres choses deviennent logiques. Au fond, vous avez fait semblant d’être un lourdaud incompétent, tandis que vous me manipuliez comme une marionnette. Je suppose que cette histoire selon laquelle vous êtes l’inspecteur le plus brillant de toute la force de police n’est pas entièrement un mensonge, n’est pas  ?  »

«  A… attend une minute, Lina.  », dit doucement Naga. «  Est-ce que cela signifie que nous…  ?  »

Je me contentai de hausser les épaules. «  Tu as bien compris.  », répondis-je. «  On a travaillé gratuitement. N’est pas M. Wizer  ?  »

«  Hum. Eh bien, je ne suis pas encore certain de voir de quoi vous voulez parler.  », dit Wizer, mais je pouvais apercevoir une petite lueur d’amusement dans ses yeux. Je ne pus m’empêcher de grimacer.

«  Oh, très bien. Si vous aimez tant jouer les imbéciles, je vous laisse. Mais je vous dis ceci  : si vous payez l’addition maintenant, nous vous tiendrons quitte de vous avoir aidé dans cette enquête. Marché conclu  ?  »

«  Oh  !  », dit Wizer. «  Si c’est ce que vous voulez, alors c'est moi qui offre…  » À ces mots, Naga et moi nous regardâmes avec un large sourire.

Inutile de dire que nous mangeâmes et bûmes, Naga et moi, jusqu’à ce que Wizer bondisse sur ses pieds, les larmes aux yeux, en nous suppliant d’arrêter.

*****

Oh, c’est vrai  ! Je pense que je dois mentionner que quelque temps plus tard, durant une dispute avec un autre pays, l’incident de Ruvinagald fut entièrement révélé et la famille royale renversée. Au moins, l’histoire finissait bien.

… Même si elle ne m’avait pas rapporté un rond…

(Accusée à tort  : Fin)



Dernière édition par Gruic le Sam 6 Juin - 22:13, édité 1 fois
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Gruic
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Jeu 29 Jan - 17:27


Pour tout savoir sur cette histoire, donner votre avis ou en discuter, c'est sur ce topic :

http://slayersevolution-r.forumactif.org/t412-slayers-special-serie-roman-9-wrongfully-accused
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Merlock
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Jeu 29 Jan - 17:52

Wow! Ça n'a pas traîné!! Shocked

Bon, ce fut un sacré boulot.

Je voudrais remercier Liclic pour l'excellence de sa relecture, sa parfaite maîtrise des règles du français et la pertinence de ses remarques et corrections.

Merci Gruic pour la mise en ligne.

J'espère que ça plaira aux fans du forum... n'hésitez-pas à signaler les erreurs oubliées.
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Merlock
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Sam 14 Mar - 1:06

Dites les gars, je pense à un truc: vu que je me suis basé sur la version anglaise de Turtle Translations, on pourrait peut-être les remercier de leur boulot sur leur forum, z'en pensez quoi ?

Lien ici:
http://www.turtle-paradise.net/forum/index.php?topic=1350.0
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chevaliershakka
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Mer 18 Mar - 9:42

Il me semble que Gruic les avait déjà remercié sur leur forum et leur blog pour les traductions (qui plus est, je crois qu'il leur parle régulièrement).
Et personnellement j'avais posté un message de remerciement à l'ouverture de leur blog.

Donc en ce qui concerne le fofo, je pense qu'elles savent déjà qu'on les remercie.

Maintenant si toi tu veux les remercier pour t'être basé sur leur traduction afin de faire la tienne, oui ça peut être une bonne idée Very Happy

_________________
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Keep Smiling !!
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Merlock
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Mer 18 Mar - 12:42

chevaliershakka a écrit:
Maintenant si toi tu veux les remercier pour t'être basé sur leur traduction afin de faire la tienne, oui ça peut être une bonne idée Very Happy
Bon, alors je vais le faire parce que c'est vraiment un site génial et j'espère qu'il va persévérer longtemps, longtemps, longtemps...

Heu... tu dis "elles", sont-ce juste des personnes du beau sexe ?
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Gruic
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Mer 18 Mar - 12:55

Melfra et Rebmatsu sont 2 soeurs jumelles. Elles sont en effet devenues des copines avec le temps et des partenaires du site/forum, permettant ainsi des échanges libres.

Je ne permets jamais de traduction portant notre label sans être préalablement certain que tout est OK avec les membres du fandom qui en sont à l'origine Wink
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Merlock
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Ven 27 Mar - 11:32

Bon, ça y est, je me suis inscrit...
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Merlock
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Sam 6 Juin - 21:25

Gruic a écrit:
Qu’essayait-il de faire  ? Nous couler avec un boulet de canon amélioré  ?

Je voudrai apporter une correction:

le mot "magnified" se traduit plutôt par "agrandi", au lieu de "amélioré".

Je propose la phrase:

Qu’essayait-il de faire  ? Nous couler avec un boulet de canon géant ?
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Gruic
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Sam 6 Juin - 21:54

Vendu.

Tu peux me resituer l'endroit stp ?
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Sam 6 Juin - 22:01

Au début de la Partie 2, deuxième paragraphe en dessous de l’illustration où Naga se fait embarquer par un tentacule de kraken...
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Gruic
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Sam 6 Juin - 22:13


Done.
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Sam 6 Juin - 22:20

Merci!
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liclic
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MessageSujet: Re: Slayers Special : traduction française intégrale de Wrongfully Accused   Dim 7 Juin - 10:42

Oui c'est vrai que cela sonne mieux, boulet de canon géant que amélioré... Cela fait clairement plus naturel.

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Me miseret totarum malarum rerum quas feci.
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